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2 - Logique institutionnelle et logique citadine dans les villes du Maghreb

Article

Rôle des Amicales dans l’intégration des quartiers clandestins


Mme Wafa Oueld ElMaallem, Architecte, Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme (ENAU), archi_mallem@yahoo.fr

Date de publication : 27 juin 2007

Résumé

L’un des faits les plus marquants de la fin du siècle dernier est sans conteste l’émergence, avec force partout dans le monde, de la notion de participation communautaire. Elle est en passe de devenir un mode opératoire pour renforcer des capacités de réponse aux besoins croissants des populations. Cette approche, bien qu’elle soit une composante historique de la tradition culturelle marocaine, essentiellement dans le monde rural, a retrouvé une vivacité dans le contexte urbain, qui s’exprime par un foisonnement, inégal jusqu’ici, d’amicales et d’associations de quartiers. Cependant, en dépit de son dynamisme, surtout en matière d’intervention dans les quartiers clandestins, le mouvement des amicales demeure, de façon générale, peu connu et laisse traduire, ici et là au vue d’expériences menées dans certains projets, des difficultés tant en ce qui concerne son organisation que son fonctionnement. Dans ce contexte, le choix de situer l’étude dans un quartier clandestin de la ville de Salé, a pour but d’approfondir la connaissance des mécanismes de gestion de ces quartiers, et leur degré d’intégration par l’intermédiaire des mouvements sociaux. De là, une des premières interrogations à laquelle le présent travail va essayer de répondre : où et comment émergent ces nouveaux mouvements ? Qui sont ces nouveaux acteurs ? Et quelle est la réalité de leur action ? Et quel est leur apport dans le management de la ville. La présente étude se propose alors de vérifier, si l’apparition de l’Amicale, comme étant un nouvel acteur, volontaire et dynamique, remettra en cause le système actuel de la gestion des villes, et si c’est le cas, quels effets réels en conséquence. Dans le même ordre d’idées, on vérifiera si l’Amicale est en mesure d’offrir un modèle d’urbanité comme alternative, vu les limites de ses actions, et l’ambiguïté qui entoure son nouveau statut dans la scène urbaine. Les associations en question, seraient-elles un jour représentatives des habitants, vu le modèle d’urbanité, évolutif ou définitif, qu’elles proposent. De là se dégagent deux niveaux de réflexion sur le rôle de l’Etat. Le premier concerne la distribution des tâches sur l’échiquier urbain entre les différents intervenants, amicales comprises. Le second est relatif aux nouvelles dispositions à mettre en place pour la réussite de l’action de l’amicale qui ne pourra en aucun cas se passer de l’appui de l’Etat. Si le rôle de l’Etat vis-à-vis du mouvement associatif sera à redéfinir, de quelle manière se précisera le rôle de l’Amicale, une fois que celle-ci sera entourée d’arsenal juridique inhabituel, et fera partie de la stratégie planifiée. Cela nous amène aussi à évoquer la question des quartiers clandestins d’où sont issues ces amicales. En effet, la multitude de tissus clandestins a engendré la création de plusieurs types d’amicales selon le contexte socio-urbain. Il faudrait peut être envisager une typologie des mouvements associatifs en fonction de leur cadre d’intervention, sachant que l’objectif d’intégration et de régulation reste jusque là, la raison d’être de tout mouvement associatif dans le quartier clandestin.


Table des matières

Texte intégral

Au Maroc, le mouvement associatif dans les quartiers clandestins est un phénomène récent. Il est la conséquence d’une mutation profonde dans la forme et la composition socioprofessionnelle, desdits quartiers.

Résidant en marge de ville, et dépourvus de tout élément de vie citadine, les habitants de ces quartiers scrutent l’action de l’Etat, la moindre intervention de celui-ci est interprétée comme l’amorce d’une intégration dans la ville.

Cependant, le processus d’équipement de ces quartiers est très lent. Pour l’accélérer et se prémunir contre les menaces de destruction, les habitants ont alors commencé à s’organiser en associations. Il s’agit d’un mouvement revendicatif organisé par les habitants, qui s’est trouvé pour seul support juridique un Dahir datant de 1958, et qui a pour but l’obtention des équipements, la reconnaissance et l’intégration dans la ville.

De là, une des premières interrogations à laquelle le présent travail va essayer de répondre: où et comment émergent ces nouveaux mouvements ? Qui sont ces nouveaux acteurs ? Quelle est la réalité de leur action ? Et quel est leur apport dans le management de la ville ?

L’intérêt du choix de l’habitat clandestin dans la ville de Salé, dont 45% de sa population occupe des quartiers non-réglementaires, vise en premier lieu la compréhension et l’explication des mécanismes de ce phénomène.

Il s’agit d’une ville appartenant à l’agglomération de la capitale, mais loin de bénéficier des mêmes avantages de celle-ci, de la part de l’Etat. Les populations de ses quartiers clandestins, laissées à leur propre sort, se sont organisées en associations, pour revendiquer leur droit à la ville, et s’intégrer dans cette dernière.

Finalement, on assiste à la naissance d’un acteur, dont l’émergence se manifeste à travers les différentes opérations menées par celui-ci, et qui ont – en majorité de cas- atteint leurs objectifs, à savoir l’intégration dans « la ville légale ».

A cela, il faudrait ajouter la mise sur pied d’une nouvelle stratégie, qui n’était ni organisée ni programmée, et qui est celle des mouvements sociaux  (associations de quartiers). D’ailleurs, l’un des faits les plus marquants de la fin du siècle dernier est sans conteste l’émergence, avec force partout dans le monde, de la notion de participation communautaire.

Cette approche, bien qu’elle soit une composante historique profonde de la tradition culturelle marocaine, essentiellement dans le monde rural, a retrouvé une vivacité dans le contexte urbain, qui s’exprime par un foisonnement, inégal jusqu’ici, d’amicales et d’associations de quartiers.

Cependant, en dépit de son dynamisme, surtout en matière d’intervention dans les quartiers clandestins, le mouvement des amicales demeure, de façon générale, peu connu et laisse traduire, ici et là, des difficultés tant en ce qui concerne son organisation que son fonctionnement.

Il est clair que ce mouvement reste encouragé par l’Etat, du moment qu’il est maîtrisé par celui-ci, et qu’il n’aspire pas à d’autres attributions sauf celles pour lesquelles il a été crée au début, et que l’Etat n’hésite pas à déléguer.

En d’autres termes le mouvement associatif est perçu par les pouvoirs publics, comme moyen pour compenser leur désengagement financier, mais sa place dans le système de pouvoir n’est pas reconnue, et son autonomie n’est pas admise. D’autant plus que ces associations tentent rapidement de dépasser les objectifs déterminés au départ, en essayant d’englober tous les aspects qui touchent les pratiques dans le quartier où elles se sont constituées.

En revanche, la constitution d’une amicale est le résultat du seul effort des initiateurs qui sont les habitants, sans aucun appui ni encadrement de la part de l’Administration Centrale ou Locale. En outre, l’absence d’un cadre juridique précis et adapté, ne permet pas d’assurer une répartition claire des tâches entre amicale et Commune, ce qui génère une perpétuelle ambiance conflictuelle.

Dans les quartiers clandestins, le développement des associations, appelés souvent amicale, a été favorisé par le concours de nombreux facteurs; les uns liés à la conjoncture politique nationale, et d’autres en rapport avec le contexte local et les stratégies résidentielles des habitants.

Face à l’ampleur des problèmes urbains, les pouvoirs publics se sont progressivement rendus compte qu’ils ne pouvaient maîtriser seuls, la croissance des villes, et s’engager sur la voie de développement de celles-ci. Ils ont été contraints de chercher les moyens par lesquels ils pouvaient susciter la participation des habitants, à la gestion de la ville.

Cependant, cette prise de conscience n’a pas eu d’effets sur la pratique gestionnaire. Le comportement des pouvoirs publics à l’égard des associations de quartiers clandestins, n’est en effet pas exempt de contradictions et d’ambiguïté.

Dans le domaine de la politique de la ville, les amicales sont désormais présentées comme des acteurs efficaces, et se voient confier des rôles importants. Cette prise de conscience quoique tardive, dénote une évolution indéniable de l’attitude des pouvoirs publics, et de leur appréhension des problèmes urbains.

Il s’agit d’une reconnaissance partielle (de fait et non de droit), qui peut sous-tendre au démarrage une nouvelle ère dans laquelle agira dorénavant l’amicale en tant qu’un acteur déterminant dans la gestion urbaine, et dont le rôle semble d’ores et déjà arrêté par le projet de loi 04-04 relative à l’urbanisme et par le nouveau code de l’uranisme en cours.

Dans ce contexte, le choix de situer l’étude dans un quartier clandestin de Salé, a pour but d’approfondir la connaissance des mécanismes de gestion de ces quartiers, et leur degré d’intégration par l’intermédiaire des mouvements sociaux.

La présente étude s’est proposée alors de vérifier, si l’apparition de l’amicale, comme étant un nouvel acteur, volontaire et dynamique, remettra en cause le système actuel de la gestion des villes, et si c’est le cas, quels effets réels aurait-elle en conséquence ?

Dans le même ordre d’idées, on vérifiera si l’amicale est en mesure d’offrir un modèle d’urbanité comme alternative, vu les limites de ses actions, et l’ambiguïté qui entoure son nouveau statut dans la scène urbaine.

L’observation d’un mouvement associatif très dynamique, intervenant sur lesdits tissus, ayant atteint une dimension remarquable, nous a poussé à choisir un cas concret d’une amicale dans un quartier à Salé, afin d’étudier de près les enjeux engendrés par ses actions, ainsi que sa situation et son rôle en matière de gestion, de mise à niveau, et d’intégration urbaine.

Ainsi et afin de pouvoir vérifier nos hypothèses, notre choix s’est porté sur la commune de Layayda, et plus précisément le quartier d’Oued Eddahab, qui constitue le cas le plus représentatif de l’activité et du dynamisme des mouvements associatifs.

Aussi, l’étude de l’amicale Sidi Daoui, qui gère le secteur de Jnan Talbiyine (à Oued Eddahab) constitue un champ d’investigations intéressant, puisqu’en plus d’être une des plus anciennes, elle a connu un fort développement, et a réussi à concrétiser la majeure partie de ses objectifs, bien qu’elle ait rencontré de grandes difficultés.

Notre travail se compose de trois parties. Le premier chapitre fixe le cadre théorique dans lequel s’inscrit l’étude. Il traite l’explosion des villes marocaines, et les problèmes liés à l’urbanisation illégale.

Le second expose une analyse générale de la politique de gestion urbaine, et des stratégies adoptées par les principaux acteurs concernés.

Le dernier étudie la structuration et la recomposition du quartier « Jnan Talbiyine » à travers l’intervention des différents acteurs, notamment l’amicale « Sidi Daoui ».

Le cadre théorique, permet de mesurer l’ampleur du phénomène de l’urbanisation illégale, les conditions de son développement, son mode de production et l’évolution du marché du logement dans ce secteur.

Au Maroc, l’habitat non réglementaire est une forme d’urbanisation récente, qui occupe une place particulière dans la hiérarchie des espaces urbains, et qui diffère des autres formes d’habitat précaire. Il constitue un véritable système de production de logement, exceptionnel par son dynamisme et original par sa souplesse et sa capacité d’adaptation.

Au déterminisme historique et économique, s’ajoute un certain nombre de facteurs qui ont eu pour effet d’accentuer l’urbanisation, devenue non réglementaire, dans la ville. Il s’agit en particulier, de la paupérisation continue des campagnes, qui renforce le mouvement de migration vers la ville, de l’importance du niveau d’accroissement démographique, et de l’attrait que représente le « confort urbain».

Ces éléments confondus, accentuent le rythme de la croissance urbaine et engendrent, devant l’incapacité des villes à résoudre les problèmes que pose cette évolution, le développement d’une urbanisation désordonnée.

Les développements sur les origines et l’émergence du Quartier Clandestin permettent de mesurer l’ampleur de ce problème, et la généralisation des situations de précarité dans lesquels vit un nombre de plus en plus importants de citoyens.

La constatation de ces faits nous amène au problème d’intégration que pose le phénomène d’urbanisation clandestine. Une intégration aussi bien technique des tissus, que sociale pour les occupants de ces espaces.

Face à cet état de fait on s’est demandé, quelle a été l’attitude de l’Etat eu égard à cette urbanisation illégale ? Jusqu’à quelle mesure les discours tenus, ont-ils été accompagnés d’une stratégie d’intervention effective ?

Les pouvoirs publics ont entrepris plusieurs expériences pour trouver des solutions au traitement de l’urbanisation non réglementaire. Ces expériences ont été souvent conjoncturelles, tant de point de vue des techniques d’intervention que des modalités de financement.

Avant 1973, l’extension de ce type d’habitat s’accompagnait d’un laxisme administratif, et d’une tolérance des pratiques illégales. Et la solution adoptée consistait à intervenir par la démolition, et la réalisation des programmes d’habitat social, dont le coût reste élevé pour les couches auxquelles ils étaient destinés.

Cette politique interventionniste s’est progressivement essoufflée, vu les limites des moyens financiers de l’Etat, ce qui a permis la prolifération du phénomène de l’urbanisation spontanée et, l’apparition de nouveaux quartiers clandestins, sous la forte pression exercée par les couches vulnérables.

Ainsi tous les plans de développements établis entre 1973 et 1992 avaient comme priorités l’éradication de l’habitat clandestin, la résorption des bidonvilles et le renforcement de l’action des organismes publics et privés, pour la mise en place d’une politique contractuelle.

Vers la fin des années 90, l’Etat a été appelé à définir des méthodes d'intervention mieux adaptées aux possibilités d'épargne des ménages à ressources limitées. Ainsi, de nouveaux mécanismes ont été développés notamment en matière de politique foncière et de montages institutionnels.

Actuellement, la nouvelle démarche de résorption des bidonvilles est basée sur une programmation qui tient compte de l’unité de la ville et de l’échéancier d’éradication des bidonvilles dans les villes concernées, et ce, dans le cadre d’un «contrat-ville» passé entre l’Etat et la commune urbaine concernée, dans le cadre du programme Ville Sans Bidonvilles (VSB).

- Au plan juridique: outre le projet de loi 04-04, en cours d’approbation, le Ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme a élaboré plusieurs circulaires

- Au plan foncier: il a été procédé à la mobilisation des terrains publics ou gérés par les administrations publiques pour la promotion de l’habitat social

- Au plan financier : deux fonds ont été crées (FOGARIM pour les ménages à revenus irréguliers, et FOGALOGE pour les employés du secteur public, ayant des revenus modestes).

L’analyse du processus de stratégies d’acteurs ne peut être abordée sans évoquer la Banque Mondiale. En fait, plutôt que de stratégies, il convient de parler d’un ensemble d’actions et de réactions.

Son appui financier, sa philosophie sociale et son expérience acquise en matière de restructuration de l’habitat non réglementaire, ont été considérés comme de nature à modifier les données de la négociation entre l’ensemble des acteurs agissant à Salé.

Pour qu’il aboutisse, le « Projet Banque Mondiale » a supposé un arrêt de la procédure de la régularisation entamée depuis 1980. Or, le conseil municipal refuse cette option. D’où les contradictions entre les propositions de l’étude et l’action des élus.

Il est bien certain que l’intervention de la Banque Mondiale (qui a été finalement retirée), renforce la position des services de l’urbanisme, mais elle ne met pas un terme à l’activité des autres protagonistes. Le tissu urbain forme un système et le changement intervenu dans le comportement d’un acteur oblige les autres éléments à redéfinir leurs objectifs et leurs moyens d’action.

Promulguée dans la décennie des années 70, à un moment où les valeurs foncières ont commencé à accuser des hausses vertigineuses, la Charte Communale de 1976 a conféré aux élus deux compétences d’une importance considérable:

- pouvoir délivrer les autorisations de construire et de lotir, c’est en fait disposer des moyens de gérer l’espace urbain, et avoir une prise directe sur le foncier et l’immobilier en général;

- pouvoir doter les terrains des équipements d’infrastructure, c’est en fait les valoriser pour une meilleure rentabilité.

C’est en effet le conseil municipal qui depuis 1976, fixe les conditions de valorisation de la propriété foncière, qu’il s’agisse de la délimitation du périmètre urbain, du passage du terrain de zone agricole en zone constructible, de l’équipement des zones ou du choix des terrains.

Cette circonstance explique l’acharnement manifesté par les propriétaires fonciers à noyauter le conseil municipal de Salé, qui grâce à son appui, ont pu empêcher les constructions, équiper leurs terrains, et mettre en échec les règles de l’urbanisme.

Cette mainmise des propriétaires fonciers sur l’institution du conseil communal n’a fait que renforcer la prolifération du clandestin. On se demande comment ce conseil peut accepter un nouvel acteur dans la gestion urbaine, surtout si ce dernier empiète parfois sur ses attributions. Il s’agit des amicales.

Exclus par les différents systèmes publics de production du sol et du logement, les habitants des quartiers clandestins cherchent, par le biais d’adhésion aux associations de quartier, à prendre en charge leurs problèmes collectifs, mais aussi à assurer la stabilité et la sécurité nécessaire au développement de leur quartier.

Le développement des amicales est révélateur d’un mouvement qui travaille en profondeur, la société urbaine actuelle. Il exprime une forte demande émanant de la base pour le « droit à la ville », et l’intégration des populations dans la vie urbaine.

L’évaluation de l’activité des associations permet d’identifier de nombreux blocages, dont les principaux sont:

- un cadre juridique précaire;

- l’absence d’appui et de soutien publics;

- les problèmes de coordination entre les intervenants;

- les relations difficiles avec les habitants;

- les risques de manipulation;

- le difficile passage de l’équipement à la gestion.

Enfin, il est évident que les amicales ont fait leurs preuves en matière d’équipement de plusieurs quartiers clandestins, mais à quels résultats réels leurs actions ont-elles abouti ? Cet équipement a-t-il permis l’intégration de ces quartiers ? Si c’est le cas comment leurs occupants ont vécu cette intégration ?

L’étude d’un cas concret est nécessaire à la vérification d’une bonne partie de ces constatations. Notre choix fut porté sur le secteur de « Jnan Talbiyine », géré par l’amicale « Sidi Daoui ». Outre sa superficie importante, ce secteur se caractérise par le fait qu’il est géré par une amicale – la plus ancienne dans tout le quartier et qui représente en plus, les enjeux engendrés par l’intervention de tout mouvement associatif sur un tissu clandestin, un des principaux objectifs de cette étude.

Créée au début avec des objectifs bien précis –l’équipement du quartier- cette amicale a connu beaucoup de difficultés le long de son parcours, néanmoins, son intervention a été décisive dans l’amélioration du cadre de vie des habitants, ainsi que leur sensibilisation par rapport aux pratiques sociales au sein du quartier.

Le quartier s’est développé sur d’anciennes terres agricoles situées en zones périurbaines, gagné peu à peu par l’avancée de l’urbanisation. L’expansion de l’habitat irrégulier a été facilitée par le statut de la propriété foncière du quartier, qui est entièrement de nature privée.

Avant la constitution de l’amicale en 1989, le quartier était complètement occupé par des constructions anarchiques, constituant un tissu déchiqueté.

Les actions de l’amicale concernant l’équipement du quartier se résument comme suit:

- l’achèvement du branchement aux réseaux d’assainissement;

- l’élaboration d’un plan de restructuration;

- la réalisation de la procédure totale du branchement à l’électricité;

- l’exécution de revêtement de certains axes principaux;

- la construction de l’école primaire et la participation à l’édification de la mosquée.

En bénéficiant d’équipements d’infrastructure, on peut dire que le quartier a rejoint le rang des autres quartiers de la ville. Son intégration se manifeste par les factures d’eau et d’électricité payées mensuellement par les habitants. Ces derniers sont enfin reconnus par les autorités, mais est-ce là que s’arrête leur intégration ?

Pour atteindre ce degré d’équipements, l'amicale a été confrontée à plusieurs problèmes: problème de financement, imbrication du politique et du technique, absence de coordination entre les acteurs, et la faiblesse de l'encadrement technique. Mais le problème le plus grave et qui pesait le plus était celui de sa crédibilité auprès des habitants.

L'amicale ne peut prendre sa signification réelle que par son autonomie à l'égard des pouvoirs publics. Elle ne peut devenir efficace et représentative de la société civile, que si elle a pour finalité de travailler avec et non pas pour les pouvoirs publics.

L'Etat veut bien reconnaître la capacité du mouvement associatif à gérer la demande sociale, mais garde une volonté de l'impulser par le haut et de le contrôler depuis le sommet.

Les entretiens que nous avons pu avoir avec quelques conseillers municipaux, nous ont permis de brosser le constat suivant: l'absence d'une ligne directrice et de règles de conduite communes à l'égard de l'amicale.

Le comportement de l'Amicale n'a pas favorisé le développement d'un climat de compréhension et d'entente avec l'élu. Créée pour le supplanter ou contrecarrer son action, l'élu développe à l'égard de l'amicale, une attitude de méfiance. Par crainte d'être constamment contrôlé et remis en cause, l'élu déploie ses efforts pour empêcher le développement de l'amicale.

La présence de l'un est perçue comme la négation de l'autre, alors que leurs missions devraient se compléter:

- l'amicale pourrait être une structure d'appui auprès de la population; car l'élu ne dispose pas de moyens pour entretenir des contacts permanents avec ses électeurs;

- l'élu pourrait être un intermédiaire efficace, et un facilitateur entre l'association et les pouvoirs publics. Son soutien renforce la légitimité des revendications et contribue à leur aboutissement.

Ce divorce qui caractérise les relations entre l'amicale et le pouvoir municipal, est dû essentiellement à l'absence d’un cadre de communication et au vide juridique dans lequel fonctionne tout le monde.

Aborder les relations entre l'amicale et les habitants du quartier paraît, au demeurant, un exercice insensé, compte tenu du fait que l'amicale est censée représenter ces mêmes habitants et parler en leur nom. Toutefois, deux éléments justifient ce questionnement: la représentativité de toute association est toujours relative; l’adhésion est souvent tributaire des résultats concrets des actions de l’association.

A travers notre étude, nous avons pu relever trois problèmes majeurs liés à la population: une perception erronée du rôle et des fonctions de l’amicale, un manque de confiance et le problème de financement qui revient tout le temps.

Enfin, il nous a été donné de constater que le quartier s’intègre dans la ville, au fil des jours et des réalisations. Cependant, on ne peut confirmer que son intégration revient à la seule action de l’amicale. En effet, le fait d’intégration est le résultat du concours d’efforts établis par l’Etat, les autorités locales en plus de celui de l’amicale. Bien que cette dernière ait eu un rôle de catalyseur, cette action d’intégration du quartier dans la ville légale, n’aurait pu se réaliser sans l’implication et l’aide des autres acteurs de la gestion urbaine.

Notre étude sur les associations de quartiers clandestins, pourrait constituer un champ de réflexion sur le devenir de ces associations, qui sont apparues suite à un besoin urgent de régulation sociale, et qui ne cessent d’être évoquées à l’heure actuelle, tant dans les discours gouvernementaux, que dans les textes et lois régissant l’urbanisme. Les associations en question, seraient-elles un jour représentatives des habitants, vu le modèle d’urbanité, évolutif ou définitif, qu’elles proposent.

Quant à l’efficience de la politique de planification spatiale et d’intégration des tissus clandestins au niveau national, elle sera assurée par la mise en place d’une nouvelle réglementation spécifique à ce type de tissus, permettant ainsi de réaliser des documents de restructuration opposables et conformes à la réalité des quartiers, et que l’association pourra utiliser comme support principal de son activité d’intégration.

Actuellement le processus d’élaboration d’une stratégie propre au mouvement associatif est déjà entamé. Quelles seraient les mesures d’accompagnement (juridiques, techniques, financières et sociales) rigoureuses et adaptées qui permettront de garantir le bon fonctionnement dudit mouvement.

Puisque la remise en cause du système actuel par l’arrivée de ce nouvel acteur dans la scène urbaine a été vérifiée, il faudrait d’ores et déjà penser à redéfinir le rôle de l’Etat qui cette fois-ci, est prédisposé à une reconnaissance totale de l’amicale.

De là se dégagent deux niveaux de réflexion sur le rôle de l’Etat. Le premier concerne la distribution des tâches sur l’échiquier urbain entre les différents intervenants, amicales comprises. Le second est relatif aux nouvelles dispositions à mettre en place pour la réussite de l’action de l’amicale qui ne pourra en aucun cas se passer de l’appui de l’Etat.

Si le rôle de l’Etat vis-à-vis du mouvement associatif sera à redéfinir, de quelle manière se précisera le rôle de l’amicale, une fois que celle-ci sera entourée d’arsenal juridique inhabituel, et fera partie de la stratégie planifiée.

Cela nous amène aussi à évoquer la question des quartiers clandestins d’où sont issues ces amicales. En effet, la multitude de tissus clandestins a engendré la création de plusieurs types d’amicales selon le contexte socio-urbain. Il faudrait peut être envisagé une typologie des mouvements associatifs en fonction de leur cadre d’intervention, sachant que l’objectif d’intégration et de régulation reste jusque là, la raison d’être de tout mouvement associatif dans le quartier clandestin.



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Pour citer cet article


Wafa Oueld ElMaallem. «Rôle des Amicales dans l’intégration des quartiers clandestins». URBAMAG, 2 - Logique institutionnelle et logique citadine dans les villes du Maghreb, 27 juin 2007, http://www.urbamag.net/document.php?id=174.




Revue électronique internationale publiée par l'ENAU Tunis, en partenariat avec l'EPAU Alger et l'INAU Rabat avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1737-7676